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Saison le bel aujourd'hui


Palais de Tokyo

24 juin - 13 septembre 2015


Céleste Boursier-Mougenot

« Il n’y a que cela qui m’intéresse : expérimenter ! »

« L’oeuvre existe en tant que phénomène, tel un organisme vivant, indissociable des conditions de son émergence et des circonstances de son présent. »
"acquaalta"
Le Palais de Tokyo présente cet été une importante installation de Céleste Boursier-Mougenot (né en 1961, vit à Sète) qui métamorphosera profondément les espaces d’exposition. Cet artiste singulier de la scène française représente au même moment la France à la 56ème Biennale d’art contemporain de Venise.


Tianzhuo Chen, présente, Palais de Tokyo la première exposition personnelle en France (né en 1985, vit à Pékin), l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération. Cette exposition est réalisée en coproduction avec K11 Art Foundation.


Patrick Neu propose un Musée imaginaire. Verre en cristal, noir de fumée.
Première grande exposition de Patrick Neu (né en 1963, vit en Alsace).
Artiste méconnu, Patrick Neu est un créateur essentiel, au talent immense et dont l’oeuvre, conçue dans la discrétion, encore très peu montrée, est suivie passionnément par quelques écrivains, professionnels de l’art et collectionneurs silencieux.


Korakrit Arunanondchai "répond par la rencontre baroque de l’artificialité des codes formels de l’animisme contemporain et de la poursuite acidulée d’une quête de sens"
Le Palais de Tokyo invite l’artiste d’origine thaïlandaise Korakrit Arunanondchai (né en 1986, vit à New York et à Bangkok) à présenter Painting with history in a room filled with people with funny names 3 [Peindre avec l’histoire dans une pièce peuplée de gens qui portent de drôles de noms 3], l’épilogue en deux parties d’une trilogie de vidéos et d’installations.


Jesper Just 'invente une excursion dans un labyrinthe visuel et psychique où la perception du visiteur, la situation de son corps et le sujet des images s’entrechoquent, tout en interrogeant ce dernier sur les limites physiques et mentales de sa mobilité."
Jesper Just (né en 1974, vit à New York) présente une exposition personnelle au Palais de Tokyo. Une installation, composée de plusieurs vidéos, de musique et d’une intervention spatiale.



EN SAVOIR PLUS
Le Palais de Tokyo présente cet été une importante installation de Céleste Boursier-Mougenot acquaalta (né en 1961, vit à Sète) qui métamorphosera profondément les espaces d’exposition. Cet artiste singulier de la scène française représente au même moment la France à la 56ème Biennale d’art contemporain de Venise.
« Il n’y a que cela qui m’intéresse : expérimenter ! »
« L’oeuvre existe en tant que phénomène, tel un organisme vivant, indissociable des conditions de son émergence et des circonstances de son présent. »

L’acquaalta est cette inondation annuelle touchant la lagune vénitienne. À l’été 2015, ce même phénomène s’empare des espaces du Palais de Tokyo. Céleste Boursier- Mougenot imagine en effet un paysage lacustre qui entraîne le visiteur dans une expérience visuelle, tactile et auditive modifiant sa perception des lieux : « le déploiement dans l’espace d’un dispositif, en relation avec un lieu ou une situation, correspond pour moi à ce que d’autres musiciens accomplissent en faisant des concerts. » (2) En traversant cet espace inondé, le visiteur est introduit dans un flux d’images créant les prémices d’un voyage halluciné qui l’amènerait à naviguer à travers sa propre psyché. Avec cette production inédite, c’est aussi un nouveau format d’exposition qui est exploré.

L’artiste complète ce paysage par un zombiedrone, principe qu’il a déjà expérimenté et qu’il définit ainsi : « un système de traitement du signal vidéo crypte les images, ne laissant apparaître sur l’écran que les parties en mouvement dans le cadre. Tout le reste se fond dans un noir opaque. L’effet saisissant de la transformation de l’image vidée de son message est accompagné par un son lancinant, provenant de la conversion du flux des images en un continuum sonore. »


Pour l’exposition acquaalta au Palais de Tokyo et le projet rêvolutions, présenté au Pavillon Français pour la 56ème Biennale de Venise, Céleste Boursier-Mougenot signe Les Marches, une oeuvre hybride et modulaire dont il a conçu le principe développé en collaboration avec l’éditeur de design Smarin. Les modules qui composent les deux installations, ainsi que d’autres éléments issus de cette logique, seront référencés au catalogue de Smarin dès septembre 2015 (www.smarin.net).


C’est donc un continuum, une onde, qui guide le visiteur dans l’exposition via un dispositif cohérent ayant pour fonction la connexion des flux (des visiteurs, de l’eau, de la vidéo et du son) : les visiteurs parcourent l’exposition, leurs mouvements étant filmés et retransmis en direct sur les murs. Tous se retrouvent sur une île, lieu d’un éboulement minéral où chacun pourra s’allonger pour mieux se noyer dans les images environnantes. Tout au long du parcours, le visiteur est acteur de l’exposition, son sujet et son objet. À l’issue de cette expérience sensible et hallucinatoire, et selon les mots de l’artiste, « pour sortir de l’exposition, le visiteur traversera – littéralement – l’image. » Cet univers fantasmagorique évoque autant la mythologie antique (de Narcisse se noyant dans son reflet à Ulysse résistant au chant des sirènes) que le cinéma (la fuite en barque des enfants dans «La Nuit du Chasseur»). Le rapport entre nature et culture est ici renversé, l’artiste étant comme il le dit lui-même « un simple médium, permettant aux visiteurs de donner des formes à leur sensations », soit l’oubli de soi face à des images et des sons hypnotiques. (Daria de Beauvais, commissaire de l’exposition)


« Le travail de Céleste Boursier-Mougenot commence par la rumeur, l’invisible, la propagation, l’altération, la contagion, un développement décalé au coeur des systèmes normés du réel, comme pour infiltrer la vie. L’artiste est un chercheur mécanicien, un expérimentateur infatigable créant sans relâche des formes immatérielles sensibles en lien secret avec la vie. »(3) Né en 1961 à Nice, Céleste Boursier-Mougenot vit et travaille à Sète. Ses travaux, bien que présentés depuis près de vingt ans dans les lieux d’art contemporain, en France comme à l’étranger, sont avant tout à considérer comme ceux d’un musicien. Après avoir été, de 1985 à 1994, le compositeur de la compagnie « Side One Posthume Théâtre » de l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert, il entreprend de donner une forme autonome à sa musique en réalisant des installations. Céleste Boursier-Mougenot élabore des dispositifs à partir de situations et d’objets divers dont il parvient à extraire un potentiel sonore et musical. À travers ces dispositifs, l’artiste reconfigure les possibilités rythmiques et mélodiques, aussi bien visuelles que sonores, des matériaux et des médias qu’il emploie, pour générer, le plus souvent en direct, des formes sonores qu’il qualifie de « vivantes ».


Déployé en relation étroite avec les données architecturales ou environnementales du lieu dans lequel il est exposé, chaque dispositif constitue un cadre propice à une expérience pluri-sensorielle qui permet au visiteur de prendre conscience des processus qui engendrent les sons et les images. Depuis quelques années, il étend sa pratique à la chorégraphie, en appliquant à des objets en mouvement sa démarche « compositionnelle ».

Céleste Boursier-Mougenot présente son travail à l’international depuis un certain nombre d’années. Il a d’ailleurs été le premier artiste français lauréat de l’International Studio Program (PS1) à New York en 1998- 1999. On a pu voir récemment son travail exposé à la National Gallery Victoria de Melbourne (2013), au Barbican Centre à Londres (2010) ou encore à la Pinacothèque de Sao Paulo (2009).

L’année 2015 s’annonce exceptionnelle pour l’artiste puisqu’en parallèle de son exposition au Palais de Tokyo, il présente à la 56e Biennale d’art contemporain de Venise (09 mai – 22 novembre 2015), rêvolutions, un projet inédit et ambitieux, qui transforme le Pavillon français en un îlot organique et sonore. Le commissariat du Pavillon français, placé sous la conduite de l’Institut français, est assuré par Emma Lavigne, nouvelle directrice du Centre Pompidou- Metz, qui y présente une nouvelle version d’une de ses oeuvres les plus connues, clinamen. Il sera également invité au Musée des Beaux-Arts de Montréal en novembre avec from here to hear, une autre pièce de renom. Céleste Boursier-Mougenot est actuellement représenté par les galeries Paula Cooper (New York), Xippas (Paris, Genève, Montevideo, Athènes) et Mario Mazzoli (Berlin).
Commissaire : Daria de Beauvais
Patrick Neu,


«Je fais mon travail.
J’ai du mal à dire de l’art,
Le mot artiste me gène aussi…» Patrick Neu
Patrick Neu développe depuis trente ans son travail en retrait du monde. Chaque oeuvre réalisée détourne des techniques traditionnelles, engage de nouvelles expérimentations qu’il poursuit aussi longtemps que nécessaire. Il manie des matières peu familières du champ de l’art : ailes d’abeilles, suie sur verre, cristal, cire, sculpture en encre de Chine, ailes de papillon, mues de serpent, coquilles d’oeufs, peinture sur cendre etc. « J’inverse les matériaux, les usages. Le cristal pour moi est à la fois coupant, lourd, fragile et transparent (…) Et son utilisation, par exemple pour un objet guerrier, me permet d’ouvrir le champ des interrogations… »


La sélection des oeuvres qui sont présentées dans l’exposition suggère ce dialogue périlleux avec les matières et la mémoire du monde : une armure de samouraï en cristal et une camisole de force en ailes d’abeille réalisées pour l’exposition, une colonne de verre avec noir de fumée, des pattes d’oiseau en métal, des iris mourants à l’aquarelle, un Christ mort sur papier carbonisé, des vitrines enfumées par la mémoire du Jardin des délices de Jérôme Bosch…

Le travail de Patrick Neu incarne un Musée imaginaire évanescent. Il dialogue avec les figures de Bosch, d’Holbein ou de Rubens, qu’il dessine dans le noir de fumée, guidé par les qualités propres de la matière. « Orienté dans ses choix par les réminiscences que certaines images opèrent en lui, la peinture classique traverse depuis toujours son travail et surgit sous des formes totalement inattendues. Notre regard est alors provoqué en écho à une imagerie familière et partagée, comme une connaissance universelle. » (Katell Jaffrès, commissaire de l’exposition) Les décisions audacieuses, l’aventure de la pensée, l’insistance de la durée, le dialogue avec l’histoire, sont ainsi les ingrédients de sa recherche sur les processus de la mémoire et de l’oubli, sur l’épanouissement morbide des fleurs, sur la rémanence des images archaïques. « C’est une course très risquée où tout peut se produire ». (Patrick Neu)


«Je crois que je travaille très vite. Mais je reviens souvent sur un travail, pour le reprendre, pour le refaire, pour faire mieux, et c’est ce qui donne l’impression de lenteur. Je n’ai pas à prouver quelque chose, une virtuosité, ou... c’est juste de la rigueur. Voilà. Je n’ai pas à être virtuose, je m’en fous. C’est pas mon problème. Ce qui est important, c’est l’objet final, le concept, ou l’idée. [...]dans mon travail, on ne voit pas tout d’un coup. C’est important qu’on soit obligé de chercher, qu’on découvre.» (Patrick Neu)
« Neu tira de sa poche deux boites d’allumettes (petit modèle de la SEITA pour fumeurs). Dans la première, sur un lit de coton hydrophile, le moulage en argent des lèvres d’une jeune femme, un objet d’un ou deux millimètres d’épaisseur. Dans la seconde, une sorte d’extraordinaire monument liliputien : deux pattes de moineau, coulées avec une précision confondante dans un acier brillant, reposant sur un socle en métal de la taille d’un dé à coudre et dressées cers le ciel lointain comme les pattes des oiseaux morts sur les chemins des campagnes » Didier Semin («Locus Solus, 57. Sublimation des pattes de moineaux», éd. Frac Lorraine, 2008)


Patrick Neu est né en 1963, il travaille en Alsace. Formé à l’Ecole Supérieure d’Art Décoratif de Strasbourg, il obtient son diplôme en 1986. En 2007, il participe, à l’invitation de Sarkis dont il fut l’élève, à deux expositions, l’une au Louvre et l’autre au Musée Bourdelle à Paris. Son travail a depuis été montré dans des expositions collectives. Il a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome en 1995 puis à la Villa Kujoyama à Kyoto en 1999. En 2008, le Frac Lorraine lui a consacré une exposition monographique intitulée « L’instant n’en finit pas ». Le Mamco (Génève) a présenté son travail en 2010 ainsi que la Fondation d’entreprise Hermès (La Verrière, Bruxelles) en 2012.
Commissaire : Katell Jaffrès


TIANZHUO CHEN
« Mon travail est baigné de ma croyance en l’immortalité de l’âme. Combinant la peinture et la sculpture, il articule biens de consommation courante et objets fétiches traditionnels. Il se cristallise autour de notions théologiques issues des religions primitives et des objets du quotidien, qui s’efforcent de créer une religion contemporaine et son système symbolique. » Tianzhuo Chen


À travers une imagerie colorée, grotesque et kitsch, dominée par les références visuelles directes à la drogue, à la vague hip-hop queer, à la culture de la rave londonienne, au butoh japonais, au voguing new-yorkais et à l’univers de la mode, les oeuvres de Tianzhuo Chen sont intimement liées au constat d’un effondrement des représentations morales et des croyances. Si les personnages mis en scène par Tianzhuo Chen revêtent un caractère d’étrange familiarité, c’est qu’ils reflètent, en l’exagérant, le ridicule de notre quotidien envahi par les images des célébrités de notre temps. Leurs faits et gestes composent une nouvelle mythologie, s’érigent en de nouveaux systèmes de croyances, dont les adeptes évoluent parfois en adorateurs aveugles.


Pour son exposition au Palais de Tokyo, Tianzhuo Chen conçoit un ensemble d’oeuvres inédites, dont une performance avec l’artiste et danseur Beio et le collectif parisien House of Drama. Mêlant peinture, dessin, installation, vidéo et performance, elles intègrent différentes symboliques religieuses à des éléments iconographiques empruntés à plusieurs subcultures urbaines communes à une jeunesse mondialisée.


« L’art transcende les frontières – impossible de parler d’art chinois et d’art étranger. En tant que jeune artiste, ma palette s’inspire d’un monde globalisé, d’éléments de la vie quotidienne que je partage avec des artistes de mon âge dans le monde entier. » (Tianzhuo Chen) Aussi puissant que dérangeant, son travail semble composer une représentation allégorique, psychédélique et survoltée d’une société contemporaine où la course aux plaisirs charnels croise une tendance généralisée à une pratique opportuniste des religions. Au milieu des lumières brillantes des néons, le religieux et les systèmes symboliques qui lui sont associés forment l’essence des oeuvres de Tianzhuo Chen. Ses récentes performances comme Picnic Paradise Bitch (Bank Gallery, Shanghai, 2014), extrêmement chorégraphiées, s’apparentent à de véritables rituels. Loin d’une approche statique, sérieuse et distanciée de l’oeuvre d’art, l’objectif de l’artiste est d’emporter ses spectateurs dans un monde vibrant de couleurs et d’émotions, proche de l’hallucination, ou de la méditation. En 2013, cinq cent personnes ont participé à son Acid Club dans un entrepôt excentré. Pour Tianzhuo Chen, l’oeuvre réside dans l’évènement en lui-même, dans la gageure d’avoir rassemblé ces participants une nuit durant pour une fête sauvage dans un endroit particulièrement reculé, tous pouvant dès lors être perçus comme les fanatiques éphémères d’une religion fictionnelle.


« Une partie de ce qui rend le travail de Chen intéressant est son apparente inconscience de ce qui est ou n’est pas convenable – et ce dans un pays où la culture relève de la micro-gestion. Il y a du courage dans la création de ses icônes de la marijuana et de la masturbation, dans sa célébration du mauvais goût et dans son mépris pour le droit d’auteur et les sensibilités religieuses (entre autres). Lorsqu’on lui demande le nom des acteurs qui rappent dans Hip Hop, Chen répond qu’ils portent des noms chinois trop ennuyeux, trop normaux et qu’il préfère les appeler ALIEN$. »(Sam Gaskin) Tianzhuo Chen (né en 1985) vit à Pékin, en Chine. Il a obtenu une licence en design graphique au Central St Martins College of Art and Design en 2009, et un master des beaux-arts au Chelsea College of Art and Design, au Royaume-Uni en 2010. Ses projets récents incluent PICNIC PARADI$E BITCH à la Bank Gallery à Shanghai (2014), SANKUANZ 2015 Collection à la Fashion Week de Londres (2014), Tianzhuo Acid Club à la Star Gallery à Beijing (2013), Kangrinboqê SANKUANZ FW 2013 Collection à la Fashion Week de Shanghai (2013) et à l’Asia Triennale de Manchester au Royaume-Uni (2011). Commissaire : Khairuddin Hori, directeur adjoint de la programmation artistique du Palais de Tokyo


KORAKRIT ARUNANONDCHAI Painting with history in a room filled with people with funny names 3 Dans l’épilogue, la vie réelle et médiatisée de l’artiste et la narration développée par sa trilogie se mêlent pour former un véritable palais de la mémoire. Le récit est reconstitué du point de vue surplombant d’un Esprit omniscient. Lors de ce récit, l’artiste s’adresse à Chantri, personnage principal de la trilogie qui, métamorphosé en un drone documentant le film, incarne les spectateurs. « Le Corps », première partie de l’exposition, est composée d’une peinture monumentale sur toile denim disposée au sol, au centre de l’espace, formant une scène sur laquelle les visiteurs sont invités à s’aventurer. Korakrit Arunanondchai l’a réalisée d’après une prestation de la gogo danseuse Duangjai Jansaonoi qui, lors de l’émission de téléréalité « Thailand’s Got Talent », a peint un tableau avec son corps. Seule une vision aérienne permettrait de reconnaître dans son intégralité la silhouette jaune qui se matérialise en un bassin situé au centre de l’espace. La scène évoque des paysages changeant au gré des déplacements du visiteur.


« Je suis né en 1986. J’ai d’abord appris à peindre en utilisant le logiciel ‘Microsoft Paint’. J’apprécie désormais de pouvoir utiliser la commande ‘Ctrl+Z’, de pouvoir effacer un geste. Cela a vraiment façonné ma manière d’envisager la peinture et la mémoire. »


« L’Esprit », seconde partie de l’exposition, comprend la vidéo dans laquelle l’artiste revisite le temps passé avec Chantri. Ce dernier lui répond pour la première fois, annonçant ainsi la fin du projet dans son ensemble. Painting with history in a room filled with people with funny names 3 convoque la spiritualité et les mythes avec les conditions permises par le numérique en 2015. Korakrit Arunanondchai mêle bouddhisme et animisme thaïlandais, la culture populaire, la géopolitique et la technologie, pour interroger ce que signifie être un artiste aujourd’hui. Ce faisant, son travail célèbre la fusion entre l’art et la vie, l’imagination et la réalité, la science et l’incorporalité.


Bousculant toute linéarité narrative, Korakrit Arunanondchai transcende les différences culturelles en unissant les calendriers chrétien et bouddhiste. Chaque volet de sa trilogie est structuré selon un nombre variable d’installations, de peintures et de films. Le premier volet, 2012-2555 (2012), associe un autel funéraire et une vidéo dans laquelle il présente sa vie d’artiste à son grand-père, atteint de troubles de la mémoire. Il est couplé à Painting with history in a room filled with men with funny names, une vidéo et une installation explorant la vie de l’artiste comme peintre sur toile denim. « J’ai produit Untitled (History Paintings) [Sans titre (Peintures d’histoire)] (2013) en javellisant et brûlant de la toile denim alors que quelqu’un photographiait la performance (…) Les souvenirs sont confus, particulièrement quand la mémoire est faite de lumière, de gaz et de chaleur. »


Dans 2556 (2013), second volet de la trilogie, Korakrit Arunanondchai se reconstruit en tant qu’artiste à travers les mots de Silpa Bhirasri, artiste thaïlandais d’origine italienne considéré comme le père de l’art moderne thaïlandais. 2557 (Painting with history in a room filled with men with funny names 2) (2014), dernier épisode de la trilogie, présente le voyage de l’artiste et de son frère jumeau Korapat, de Bangkok au Temple Blanc, dans le Nord de la Thaïlande, pour finir à New York où ils sont attendus pour une performance.


La téléréalité, la réincarnation de Steve Jobs dans le temple Dhammakaya, près de Bangkok, l’architecture bouddhiste contemporaine, le tourisme, le Manchester United Football Club et l’art contemporain occidental informe l’oeuvre de Korakrit Arunanondchai sur les plans formel et idéologique. Ces thèmes récurrents accompagnent son personnage tout au long de la trilogie, accompagnant ainsi son évolution en tant qu’artiste sous le regard du public.


La performance est également très présente dans le travail de Korakrit Arunanondchai. Prenant la forme d’actions réalisées en live, de peintures live, d’expériences multimédias et musicales pour lesquelles il collabore avec son frère jumeau, Korapat Arunanondchai, l’artiste Boychild, l’artiste Alex Gvojic et le producteur de musique Harry Bornstein ; celles-ci lui permettent de relier les différentes phases composant la trilogie en une seule grande expérience.


Les lumières et l’environnement de l’exposition ont été créés en collaboration avec Alex Gvojic, sur une musique produite par Harry Bornstein. Remerciements : Matthew Taber pour la production de l’exposition, Rory Mulhere pour les prises de vue, Bangkok City gallery pour la coproduction de la vidéo, ainsi que Korapat Arunanondchai et Boychild pour leur apparition dans les vidéos.
Commissaire : Julien Fronsacq
Jesper Just
Servitudes
Dans son travail filmique Jesper Just, associe les images, d’une qualité exceptionnelle, associées, au son et à la musique. L’énigme vient perturber la narration et la tension créée laisse émerger la poésie. Jesper Just ne livre pas d’issue narrative, mais laisse le spectateur avec ses interrogations et ses émotions. L’installation Servitudes conçue pour la galerie basse du Palais de Tokyo, est composée d’une installation audiovisuelle et d’une vaste intervention spatiale qui transforme l’espace préexistant et le parcours du visiteur. Les vidéos, oeuvres indépendantes et interconnectées, explorent l’idée de la métropole comme une entité possédant un corps. Les films suivent deux personnages : une jeune fille et une enfant handicapée, joués respectivement par Dree Hemingway et Rylee Sweeney. La jeune fille n’apparaît pas comme un individu mais incarne les idéaux de jeunesse et de féminité véhiculés aujourd’hui. Les deux personnages sont liés par la présence et la manipulation du son.


La musique agit comme une force omniprésente et perpétuellement mouvante qui guide les personnages ainsi que les spectateurs dans leur progression au fil de l’exposition. Le One World Trade Center, gratte-ciel à la fois iconique et controversé, le cadre devient comme dans la plupart des travaux de Jesper Just, un personnage en soi. Il a ici fonction de membre fantôme, symbole d’absence et de perte, mais constitue aussi le témoignage d’une résilience. Sa présence iconique apparait comme une prothèse au centre d’un horizon urbain modifié. D’une vidéo à l’autre, les personnages se reflètent, s’opposent et interagissent, constituant un point de départ à l’exploration des concepts de capacitisme et d’autonomisation questionnant ainsi les limites du corps et de l’individualité.


« Dans les films, le cadre est autant un médiateur qu’un lieu de rencontre : il rapproche et différencie les personnages, sert de passerelle, de barrière et de miroir. Les personnages interagissent non seulement entre eux au sein de cet espace mais aussi avec celui-ci, explorant les limites de leur corps et testant leur autonomie dans le paysage urbain. L’installation joue avec cette idée de chevauchements et de réflexions et modifie la voie empruntée par le spectateur en interférant avec l’architecture existante, tandis que le son – à la fois élément structurant et vecteur de communication – crée un lien entre les personnages, les films et l’expérience vécue par le spectateur. » Jesper Just


Jesper Just (né en 1974, vit à New York) est un artiste reconnu internationalement. Diplômé en 2003 de la Royal Danish Academy of Fine Arts, à Copenhagen, il a représenté le Danemark à la 55ème Biennale de Venise en 2013. Il a bénéficié de plusieurs expositions personnelles en Europe et aux Etats-Unis, parmi lesquelles « Jesper Just - Appearing / Intercourses », ARoS Aarhus Kunstmuseum, Danemark (29.05 – 19.10.2014). Le MAC/VAL (Vitry-sur-Seine) a organisé la première exposition personnelle de l’artiste en France en 2011. Il est représenté par la Galerie Perrotin (Paris), James Cohan Gallery (New York) et Galleri Nicolai Wallner (Copenhagen). Commissaire : Katell Jaffrès


Shelly Nadashi
The Exhibition Leaves est « un projet sur les fauxsemblants, l’illusion et la spéculation autour de ce qui fait oeuvre » selon les mots de Shelly Nadashi (née en 1981, vit à Paris). Elle propose pour cette exposition un ensemble d’oeuvres inédites. Un court-métrage porte sur un corbeau accusé de vol, dont l’avocat lit l’acte d’accusation au coeur d’une forêt profonde. L’un ne peut parler, tandis que l’autre est aveugle, tous deux convoquant les archétypes de fables morales (telles que celles d’Esope ou La Fontaine) mêlés aux clichés du langage du droit ou de l’économie post-industrielle : les textes de l’artiste enchevêtrent en effet une imagination débridée à des expressions toutes faites. The Exhibition Leaves joue sur le double sens anglais de leaves (« part » et « feuilles ») – il s’agit ici d’apparition et de disparition de l’oeuvre d’art. Le coeur du projet est formé par une série de feuilles d’arbres en céramique, masques opaques, totems tribaux ou sculptures immobiles. Ce travail questionne la tension entre la dimension physique de l’espace dans lequel le visiteur et l’oeuvre se rencontrent, et d’autres espaces dans lesquels l’oeuvre circulera de manière plus immatérielle. Utilisant divers mediums – comprenant films,performances, art des marionnettes et fabrication d’objets – Shelly Nadashi s’intéresse à la valeur des choses et des gens, entre valeur marchande et symbolique, mais aussi à la position ambivalente de l’artiste dans la société, vu comme « entertainer ». L’artiste imagine des situations à première vue absurdes, riches de personnages archétypaux – proxénète russe menaçant, masseuse hypnotique, cadre dynamique confectionnant une soupe – qu’elle active lors de performances plaçant potentiellement le visiteur dans une situation de malaise. Ses oeuvres interrogent le pouvoir créateur, mais aussi aliénant de la parole, montrant comment « le langage peut produire une chorégraphie et un tempo »1 tout en laissant des scenarii ouverts à l’interprétation du spectateur.
Commissaire : Daria de Beauvais

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