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« il s’est peut-être passé quelque chose…. »

Rencontre avec Adrien Maeght, après un excellent déjeuner à la montagne, il nous donne à Peter Knapp et à ma caméra son sentiment sur l’événement de la Fondation Maeght.

Bernard-Henri Levy, philosophe défenseur des libertés nous propose de juin à novembre à la Fondation Maeght 130 œuvres du passé à demain, il juxtapose les artistes et la philosophie en "7" Stations (Séquenses). Nous vous présentons une trentaine d’œuvres.

Séquence 1 : La Fatalité des ombres.

L’art porte, comme un fardeau originaire, le poids du platonisme qui l’excluait de la cité. L’art, même quand il croit déjouer la vigilance des sentinelles de la République, est le règne, non de l’être, mais de l’ombre, du reflet, du simulacre, du semblant, du disparêtre. Comment s’accommode-t-il de cette malédiction ? Qu’en fait-il? Quel type d’œuvres ? Et pour dire quoi?

Bernard Moninot, Réflection n° 1, 1973. Huile sur un assemblage de bois, plexiglas, miroir, 153 x 273 cm. Collection Fondation Maeght. Photo Claude Germain © Archives Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence / Adagp, Paris 2013

Giulio Paolini, Mimesi, 1975-1976. Deux moulages en plâtre, 223 x 110 x 90 cm. Collection privée Photo Santi Caleca © Giulio Paolini

Pierre Tal Coat, Le Saut I, 1955/56. Huile sur toile, 146 x 146 cm. Collection Adrien Maeght, Saint Paul de Vence. Photo Galerie Maeght, Paris © Adagp, Paris 2013.

Séquence 2 : Technique du coup d’État.

Comment conjurer la malédiction platonicienne ? Qui rendra à l’image sa dignité, ses droits ? Certainement pas les théologiens catholiques qui, contrairement à la légende, ne sont pas moins embarrassés que les tenants de l’esprit d’Athènes ou de celui de Jérusalem. Mais les peintres eux-mêmes. Les peintres devenant, dès le Moyen Âge finissant, des théologiens sauvages inventant la fable, introuvable dans les Evangiles, de cette jeune juive qui, à la sixième station du Calvaire, offre son voile au Christ et voit s’y imprimer son visage. L’image peut être sainte. L’image est légitime.

Andy Warhol, Studies of Jackie, 1964. Acrylique et sérigraphie sur papier marouflé sur toile, 242 x 153 cm.

Galerie Beaubourg. Marianne et Pierre Nahon © Photo Claude Germain. The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris, 2013 © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris, 2013

Anonyme flamand, Sainte Véronique, Ecole flamande, XV° siècle. Huile sur panneau de bois, 30,5 x 17,5 cm. Musée du monastère royal de Brou, Bourg-en-Bresse © Photo Philippe Hervouet, Musée de Brou.

Francis Picabia, Mélibée, 1931. Huile sur toile, 195.5 x 130 cm. Galerie Beaubourg. Marianne et Pierre Nahon © Galerie Beaubourg, Paris / Adagp, Paris 2013

Joshua Borkovsky, Vera Icon Series, 2008. Tempera sur bois, 60 x 40 cm. Noga Gallery of Contemporary Art, Tel Aviv © Photo Elad Sarig, Courtesy of Noga Gallery of Contemporary Art, Tel-Aviv.

Pierre et Gilles, Sainte Véronique, 2013 (modèle: Anna Mougladis). Photographie peinte - pièce unique encadrée par les artistes, 100 x 70 cm © Pierre et Gilles

Séquence 3 : la Voie Royale.

Revanche de la peinture, libérée par Véronique. Ce ne sont plus les philosophes, mais les peintres qui sont les bergers de l’Être. Aux philosophes qui les accusaient d’être les amis de l’ombre et du simulacre, ils ont la force, maintenant, de retourner le compliment : « C’est vous qui êtes du côté du reflet, vous qui ne saisissez des choses que leurs apparences ».

Agnolo di Cosimo, dit le Bronzino, Crucifixion, c. 1540. Huile sur panneau de bois, 145 x 115 cm. Collection de Musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice © Ville de Nice, photo Muriel Anssens

Gérard Garouste, Les libraires aveugles, 2005. Huile sur toile, 270 x 320 cm. FNAC 06-044 Centre National des arts plastiques © Adagp / CNAP /photo : Paris, Galerie Daniel Templon.

Jackson Pollock, Crucifixion, 1939-1940. Gouache sur papier, 54.6 x 39.4 cm. Courtesy Gagosian Gallery © Photo Robert McKeever, Courtesy Gagosian Gallery / Adagp Paris 2013

Jean-Michel Basquiat, Crisis X, 1982. Huile, acrylique et crayon gras sur toile montée sur palette en bois, 185 x 115 x 17,5 cm. Succession Jan Krugier © Succession Jan Krugier © the estate of Jean-Michel Basquiat / Adagp, Paris 2013

John Baldessari, Box (Blind Fate and Culture), 1987. Acrylique et photographie noir et blanc, 122 x 163 cm. Fondation Prada, Venise © Prada collection, Milan.

Marcel Jean, Spectre du Gardenia, 1936-1972. Plâtre, 35 x 18 x 25 cm. Collection David et Marcel Fleiss, Galerie 1900-2000, Paris © Galerie 1900-2000, Paris / Adagp, Paris, 2013

Marina Abramovic, The Communicator (number 4), 2012. Tête en cire avec des pierres de cristal de quartz, piédestal en verre, 60 x 60 x 60 cm. Courtesy Lia Rumma Gallery Milan / Naples © Photo : Antonio Maniscalco / Adagp, Paris 2013

Philippe de Champaigne, Vanité, première moitié du XVIIe. Huile sur bois, 28 x 37 cm. Musée de Tessé, Le Mans © Photo Musée du Mans

Séquence 4 : Contre-Être.

Où la peinture, par la grâce de Nietzsche, ne s ‘autorise que d’elle-même. Où ses oeuvres, toutes amarres rompues avec les quais de l’Être, deviennent des Annonciations d’un autrement qu’être, souverain et ne renvoyant qu’à soi. Pure présence de l’Art. Sa façon, non plus de voir, mais de faire. Non plus d’aller chercher les ombres, fussent-elles cachées depuis la fondation du monde, mais de fabriquer des artefacts qui ne sont, au sens propre, plus de ce monde.

Anselm Kiefer, Alkahest, 2013. Huile, émulsion, acrylique, gomme-laque, charbon, sel et métal sur toile, 190 x 380 cm. Galerie Thaddeus Ropac, Paris/Salzburg © Anselm Kiefer - Photo Charles Duprat

Ellsworth Kelly, Red, yellow, blue, 1963. Huile sur toile, 231 x 231 cm. Collection Fondation Maeght © Photo Claude Germain / © Ellsworth Kelly

Pierre Soulages, Peinture, 230 x 165 cm, 1971. Huile sur toile. Collection Fondation Maeght © Photo Claude Germain – Archives Fondation Maeght / Adagp Paris 2013

Victor Brauner, Détermination d'un espace, 1962. Huile sur toile, 100 x 81 cm. Collection David et Marcel Fleiss, Galerie 1900-2000, Paris © Galerie 1900-2000, Paris / Adagp Paris 2013.

Wassily Kandinsky, Lyre, 1907. Gravure sur linoléum en couleur, 18,5 x 19 cm. Collection Adrien Maeght, Saint-Paul © Photo Galerie Maeght Paris / Adagp, Paris 2013

Wassily Kandinsky, Moine, 1907. Gravure linoleum original, 24,7 x 6,5 cm. Collection Adrien Maeght, Saint-Paul © Photo Galerie Maeght Paris / Adagp, Paris 2013

Séquence 5 : Tombeau de la philosophie.

De la continuation de l’hégélianisme par les moyens de l’art. De l’humiliation de la philosophie par des artistes qui, prenant son relais, la moquent, la dévorent et l’absorbent.Pas de place pour deux disciplines élues. Pas de place pour un Être et un Contre-Être. Il faut que l’un des deux disparaisse et c’est, ici, la philosophie.

Cosmè Tura, Pietà, vers 1460. Tempera et huile sur panneau de bois 47,7 x 33,5 cm. Fondazione Musei Civici di Venezia, Museo Correr © Archivio Fotografica - Fondazione Musei Civici di Venezia

Gilles Aillaud / Eduardo Arroyo / Francis Biras / Lucio Fanti / Fabio Rieti / Nicky Rieti, La Datcha, 1969. Huile sur toile, 225 x 425 cm. Collection particulière © Photo Amando Casado/ Adagp, Paris 2013

René Magritte, Les vacances de Hegel, 1959. Huile sur toile, 60 x 50 cm. Collection de M. et Mme Wilbur Ross © Adagp, Paris 2013

Mark Rothko, Untitled (Red, Yellow, Blue, Black and White), 1950. Huile sur toile, 171,5 x 97,2 cm. Collection particulière © 1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko / Adagp, Paris, 2013

Reyer Jacobsz. van Blommendaell, Socrate, ses deux épouses et Alcibiade, 1675. Huile sur toile, 210 x 198 cm. Strasbourg, Musée des Beaux-Arts © Photo musées de Strasbourg, Mathieu Bertola

Thomas Schütte, Efficiency Men, 2005. Acier et silicone, 230 x 55 x 120 cm (personnage rose), 230 x 55 x 110 cm (personnage vert), 230 x 55 x 119 cm (personnage jaune). Collection Privée © Photo Santi Caleca

Séquence 6 : La revanche de Platon. Ou l’inverse. L’autre fin. La contre-offensive de la philosophie répondant à l’agression, remontant à l’assaut de cet art qui pensait s’être affranchi et reprenant le terrain perdu. Retour de l’iconoclastie. Neutralisation de la peinture par l’idée. Un spectre hante l’art contemporain - c’est la spectre de la philosophie. Un mot d’ordre, alors, s’impose :  « Libérez les artistes (cannibalisés par la philosophie)! ».

Gabriel Pomerand, Méditation XV, 1951. Huile sur toile, 66 x 81cm. Collection Letaillieur / Courtesy Galerie 1900-2000 © Letaillieur.

Guy Debord, Dépassement de l'art, 17-06-1963. Huile sur toile, 41,5 x 60,2 cm. Collection Letaillieur / Courtesy Galerie 1900-2000. © Letaillieur

Yves Klein, Portrait-relief de Claude Pascal (PR3), 1962. Pigment pur, résine synthétique et bronze sur panneau doré, 174 x 94 cm. Collection privée en dépôt au MAMAC, Nice. © Yves Klein / Adagp, Paris 2013

Séquence 7 : Plastèmes et philosophèmes.

La grande alliance Où l’on voit les peintres faire penser les philosophes. Où l’on voit les philosophes animer la main des peintres. Où se scelle, entre collages et embrayages, ou entre plastèmes et philosophèmes, la grande alliance des deux procédures de vérité à l’oeuvre l’une vers l’autre et inversement. Dernier mot - provisoire - de l’aventure.

Jacques Martinez, Triomphe de la philosophie, 2013. Technique mixte, 249 x 270 x 130 cm. Collection de l’artiste © Photo François Fernandez / Droits réservés

Jacques Monory, Dream Tiger IV, 1972. Acrylique sur toile, 195 x 200 cm. Collection Fondation Maeght © Archives Fondation Maeght / Adagp Paris 2013

Lucas Cranach l'Ancien (Lucas Muller, dit), Adam et Eve, 1508-1510. Huile et tempéra sur panneau. 139 x 108 cm. Collection Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon © Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie- Photo Pierre Guenat

Miquel Barceló, Llull x 3, 2012-2013. Plâtre, technique mixte, 126 x 80 x 75 cm. Collection de l'artiste © Photo André Morin / Adagp, Paris, 2013

Paul Rebeyrolle, L'Evasion, 1972. Huile et matières sur toile, 270 x 250 cm. Collection Adrien Maeght, Saint-Paul de Vence © Photo Galerie Maeght Paris / Adagp, Paris 2013

Ray Johnson, Andy Chartreuse Fabric Dear Jacques Derrida 1960-1979, 10 août 1991. Collage, 31,3 x 19,4 cm. Collection particulière © Droits réservés Jacques

Fondation Maeght, vue du Jardin de sculptures. Photo Roland Michaud © Archives Fondation Maeght © Successió Miró; Calder Foundation New-York, Adagp Paris 2013

Les jardins de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. Photo J.J L’Héritier © Archives Fondation Maeght

Les aventures de la vérité

Peinture et philosophie : un récit

Commissariat Bernard-Henri Lévy

29 juin au 11 novembre 2013

Une grande exposition estivale de cette année 2013, la Fondation Maeght donne carte blanche au philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy. Sur le thème « Peinture et philosophie », Bernard-Henri Lévy, commissaire artistique, propose un itinéraire en sept séquences pour comprendre le corps à corps millénaire, entre la philosophie et la peinture, parfois rivales, parfois alliées. Une centaine d’oeuvres anciennes et contemporaines, issues de collections publiques et privées, françaises et internationales, sont réunies pour cette exposition – dont certaines issues du patrimoine de la Fondation Marguerite et Aimé Maeght et de la collection de la famille Maeght.

Si la Fondation Maeght est connue pour son histoire avec les artistes, elle est aussi ce lieu où, pour paraphraser André Malraux, « il s’est peut-être passé quelque chose dans l’histoire de l’esprit ». Un dialogue entre l’art et la pensée y a pris place avec les écrivains, les poètes (Jacques Prévert, Francis Ponge, Pierre Reverdy…), mais aussi les philosophes (dont plusieurs ont signé de grands textes pour Derrière le miroir), de Jean-Paul Sartre à Jacques Derrida, Michel Foucault, Michel Onfray, Jean-François Lyotard, Jean-Luc Nancy, Paolo Fabbri… La Fondation Maeght possède par ailleurs l’un des plus grands fonds de bibliophilie au monde, où des chercheurs de tous les pays viennent chaque année étudier les livres d’artistes, d’écrivains, de philosophes, conservés dans sa bibliothèque. C’est dans cet « esprit » qu’Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation Maeght et homme de lettres, demande en août 2011 à Bernard-Henri Lévy, familier de la Fondation Maeght depuis son enfance et habitant de Saint-Paul de Vence, de réfléchir sur les relations entre l’art et la philosophie pour l’exposition de l’été 2013.

Il précise « Y a-t-il sujet plus passionnant, pour un homme aimant l’art et la culture, que celui des relations entre la peinture et la philosophie ? Au gré de longues conversations avec Bernard-Henri Lévy, ce questionnement a pris la forme d’un récit. Avec autant d’érudition que de passion, Bernard-Henri Lévy propose à tous les publics de la Fondation Maeght une exposition captivante et une question : quelle vérité accordons-nous, chacun avec son parcours et sa sensibilité, à l’image et aux formes ? Il est essentiel de comprendre la question de la connaissance par la vue et par la pensée. En parcourant les espaces de la Fondation Maeght, chaque visiteur sera invité à confronter son propre regard à cette histoire de notre temps. »

« Sur les relations entre la peinture et la littérature, il existe quantité de travaux. Sur la représentation, dans la peinture, de la figure même du philosophe, sur le mouvement de la pensée, il y a eu des expositions. La question de savoir, en revanche, comment la philosophie travaille ou entrave la peinture, ou comment la peinture, à l’inverse, prolonge, relance ou fait taire la philosophie, la question du corps à corps entre une philosophie dont l’un des premiers désirs fut d’exclure de la Cité des peintres automatiquement renvoyés du côté de l’ombre ou du simulacre et une peinture qui, très vite, a résisté, contre-attaqué, voire défié la philosophie sur le propre terrain où elle régnait, cette question demeure obscure et c’est d’elle qu’il s’agit ici » explique Bernard-Henri Levy.

L’exposition propose un va-et-vient entre art ancien, moderne et contemporain ; entre une crucifixion de Bronzino et de Basquiat, un « Ecce Homo » d’Yves Klein, une Sainte Véronique du XVe siècle et sa réinterprétation par Picabia ou Jim Dine ; entre un tableau de Paul Chenavard prétendant illustrer Hegel et une oeuvre de Joseph Kosuth prétendant, lui, dépasser et prolonger l’hégélianisme.

Dans une série de courtes vidéos, filmées par Bernard-Henri Lévy, on verra des artistes contemporains (entre autres : Marina Abramovic, Miquel Barceló, Olafur Eliasson, Alexandre Singh, Huang Yong Ping, Jacques Monory, Anselm Kiefer, Gérard Garouste, Kehinde Wiley, Maurizio Cattelan, Zeng Fanzhi ou Enrico Castellani) lire une page de philosophie (Platon, Hegel, Schelling, un fragment du Talmud, etc.). Noir et blanc. Artiste face caméra. Lieu de son choix. Ces films, à la fois pierres de soutènement et mouvement de l’esprit, porteront par leur parole une autre forme de souffle aux côtés de celui des oeuvres.

Dans les coulisses de l’exposition

Un livre-catalogue, coédité par la Fondation Maeght et par Grasset, accompagnera l’exposition. On y trouvera, fixant le cap, une « Lettre à Olivier Kaeppelin » de Bernard-Henri Lévy, elle-même suivie d’une « Réponse à Bernard-Henri Lévy » d’Olivier Kaeppelin. Les reproductions de la centaine d’oeuvres choisies seront accompagnées de notices rédigées par Bernard-Henri Lévy, dans lesquelles le narrateur ne fera mystère ni de la subjectivité de ses choix, ni de ses éblouissements. Rencontres, réflexions, difficultés, étonnements et satisfactions : de larges extraits du Journal tenu par Bernard-Henri Lévy tout au long du travail constitueront un chapitre inédit de l’ouvrage.

Présentation de l’exposition par Bernard-Henri Lévy :

Un parcours en 7 séquences

Séquence 1 : La Fatalité des ombres.

La formule fait évidemment allusion à l’interdit porté par le platonisme sur les images en général et sur la peinture en particulier. Mais elle renvoie aussi à la fable fameuse, mise en circulation par Pline l’Ancien, et qui fait de la peinture, à travers l’histoire de la jeune Dibutade traçant, au charbon de bois, à même la paroi de sa chambre, et juste avant qu’il ne s’éclipse, l’ombre portée de son amant, une sorte de fille de l’ombre. Et elle recouvre enfin l’iconoclastie moins connue, mais insistante, qui est la marque des premiers siècles de la Chrétienté. Lâcher la proie pour l’ombre… Prendre acte d’une absence sans faire son deuil de la présence… Dessiner une ombre dont le trait, tout en nous séparant à jamais de lui, nous rappelle l’être évanoui… Tel est le geste de la peinture tel que le verront, pendant des siècles, les philosophes mais aussi les peintres eux-mêmes.

Il y aura, dans cette séquence, une Caverne de Michel Coxcie, maître flamand du XVIe siècle, ainsi qu’une autre de Huang Yong Ping et une troisième de Pierre Tal Coat. La réinterprétation d’une Dibutade à travers une des « Roberte » de Pierre Klossowski, une Nature morte de Giorgio Morandi ainsi que la Mimesi de Giulio Paolini. L’Art, même quand il croit déjouer la vigilance des sentinelles de la République platonicienne, c’est le règne, non de l’être, mais du disparêtre.

Séquence 2 : Technique du coup d’État.

La réhabilitation de l’image dans le christianisme est un long processus qui passe par les philosophes et les théologiens. Mais il passe aussi par les peintres eux-mêmes qui, pour prouver que l’image n’est pas nécessairement impie, païenne et à proscrire, inventent un personnage : celui de Véronique, la vraie icône, la femme qui, recueillant sur son linge la marque du visage du Christ, permet de distinguer entre l’ombre (de la mauvaise image) et la trace (laissée par le prototype divin sur la surface d’impression du linge). Bravant ainsi l’interdit de représenter le divin, les peintres, par cette image sensée ne pas être faite de main d’homme, créent, par cette artifice, une peinture interdite qui affirme leur ambition.

Cet évangile de Véronique, ce livre sans texte et en images, ce bréviaire dont les peintres sont les seuls rédacteurs et qui va peser si lourd dans le destin de l’Occident, sera rendu sensible à travers la présence d’une Sainte Véronique, Ecole flamande, XVe siècle ; d’une autre de Simon Vouet ; d’une Montée au calvaire de Jan de Beer et d’un chefd’oeuvre de l’école de Murillo prêté par le Musée d’Israël.

Mais on verra aussi, articulés à ces pièces anciennes, une Sainte Face d’après Georges Rouault ; une Mélibée de Francis Picabia ; la Veronica souffrante de Jim Dine ; une Vera Icon Series de Joshua Borkovsky ; ou, encore, la Véronique de Gérard Garouste ou enfin une Sainte Véronique de Pierre et Gilles créée spécialement pour l’exposition à la Fondation Maeght.

Le peintre, avec l’invention de ce personnage de Véronique, n’est certes pas philosophe de plein droit. Il n’aura jamais, pense-t-on, le même accès privilégié à l’Être. Mais enfin il est crédité d’une connaissance de « deuxième genre ». La malédiction platonicienne est, à tout le moins, levée.

Séquence 3 : la Voie Royale.

On supposera, ici, que l’Être n’est plus cet horizon d’idées fixes, éternelles et immuables que décrivaient le platonisme, puis le néoplatonisme, mais que n’ont pas vraiment désavoué les évangélistes de Sainte Véronique. Et l’on partira de la triple révolution philosophique opérée par Schelling, Heidegger, puis la phénoménologie, en particulier de Merleau-Ponty – trois façons de dire que la philosophie n’est plus le meilleur outil pour capturer la vérité de l’Être et que le discours de remplacement, le seul apte à saisir cette vérité en train de se dérober, est peut-être à chercher du côté de ce que l’on appelait jadis, improprement, l’Esthétique, ou pensée de la sensation - la grande intelligence, la fiabilité silencieuse mais, tout à coup, si précise de l’art en train de se faire.

On donnera à voir, en contrepoint d’un texte de Merleau-Ponty, le Pyrénées d’Albert Gleizes ou Le joueur de guitare de Juan Gris. En écho au texte de Heidegger, dans les Chemins qui ne mènent nulle part intitulé « L’origine de l’oeuvre d’art », on donnera à voir une toute autre histoire de l’ombre - non plus le pâle reflet des choses, mais l’ombre que la chose dissimulait, son pli secret, son invisible profondeur : ce sera, par exemple le cas pour le dessin Planète de Victor Hugo.

Et en écho, enfin à un texte de Schelling issu des Cours de philosophie de l’art, et montrant comment le forçage de l’invisible, son accueil au seuil du visible, à ses portes, puis sur ses grandes scènes, ont pour véhicules privilégiés le regard et le pinceau du peintre. On donnera à voir le Groupe de Masques de Paul Klee ; mais aussi les Masques de James Ensor, l’un des deux Spectre de Gardenia de Marcel Jean, le Communicator n° 4 de Marina Abramovic, les Yeux d’OEdipe d’Adolph Gottlieb ou encore le Box de John Baldessari.

La peinture a pris sa revanche sur une philosophie qui l’abaissait. C’est une philosophie consciente de ses limites qui abdique son ancienne royauté et passe le relais à cette peinture qu’elle a si longtemps traitée de haut. L’art est la vraie philosophie. Ce sont les peintres les vrais bergers de l’Être. Ce sont eux qui le recueillent dans l’abri ou, au contraire, dans l’ouvert de leurs toiles. Ce n’est plus « la vérité en peinture » de la lettre de Cézanne à Emile Bernard, c’est la vérité par la peinture.

Séquence 4 : Contre-Être.

Mais ce n’est pas tout. Et, pour que la revanche soit complète, il faut encore faire un pas de plus. Car c’est bien beau de prendre le pas sur la philosophie et d’être devenus des maîtres de vérité à la compétence validée par les philosophes eux-mêmes. Mais à quoi bon, en même temps, si la partie se joue dans une arène dont ce sont eux, les philosophes, qui ont défini la topologie et les règles ? La victoire est-elle si totale quand on vous octroie le droit d’opérer, voire de régner, dans un monde que l’on a créé et dont on a balisé, à jamais, les contours ? Bref, la philosophie, même surpassée, ne continue-t-elle pas de tenir la corde et d’exercer la même invisible tutelle, quand c’est dans ses catégories et dans sa langue que continue de se caractériser cet Être avec lequel on vient de vous reconnaître cette éminente et unique familiarité ?

Ce piège, un penseur l’a flairé. Il s’appelle Nietzsche. Et il dit, en gros, que cette défaite de la philosophie, si l’on en restait là, serait une défaite en trompe l’oeil ; que le problème, pour l’Art, n’est pas de réaliser, mieux que les philosophes, le programme que les philosophes ont défini ; et que ni la « vérité », ni « l’essence des choses », ni même « l’Être » ne sont l’affaire des artistes. On verra, dans cette séquence, une série d’hommages à Nietzsche à travers Les Philosophes grecs de Giorgio de Chirico, un bronze de Jonathan Meese ou La Fine di Dio de Lucio Fontana.

Mais on y verra, surtout, la forme d’art que ce geste nietzschéen rend possible. Un art qui définit son site (Victor Brauner, Détermination d’un espace), qui produit son matériau (un Merz de Schwitters), qui ne s’autorise que de lui-même (une série de gravures, peu connues, de Kandinsky aussi bien que le Red, yellow, blue d’Ellsworth Kelly ou le Silverstone de Frank Stella) et qui s’affirme, au total, comme pure présence Alkahest, un tableau d’Anselm Kiefer spécialement fait pour notre exposition.

La peinture a gagné. Elle s’est autonomisée. Indifférente, comme dit Bataille de Manet, à « ce qu’elle raconte encore », elle devient à ellemême « son unique objet » et oppose une fin de non-recevoir à « toute valeur étrangère à la peinture ». Ses oeuvres, toutes amarres rompues avec les quais de l’Être, sont comme les Annonciations d’un monde auto-référencé, ne renvoyant qu’à soi - objets absolus, durs comme la pierre, sans profondeur, sans dessous, chus d’un désastre obscur qui n’est plus celui que scrutaient les philosophes. La philosophie et la peinture n’ont, à ce stade, plus rien à se dire. Ni de la première ni de la seconde, il n’est plus possible de croire qu’elle gouverne ou ordonne la représentation de l’autre. Et ainsi peuvent-elles, comme l’homme et la femme du poème, continuer leur chemin, chacune de son côté…

Séquence 5 : Tombeau de la philosophie.

Seulement voilà. Y a-t-il vraiment place pour un Être et un ContreÊtre? La tentation est grande, pour les tenants de l’un et de l’autre, de reprendre l’avantage – peinture et philosophie repartant dans un nouveau corps à corps, cette fois une lutte à mort, dont l’enjeu est d’arraisonner, réduire, réassujettir, éliminer la narrativité concurrente. Et c’est d’abord l’Art qui, fort de son autonomie conquise de si haute lutte, va tout faire pour se substituer à la philosophie.

Il l’humilie : c’était déjà le cas avec tel tableau de Félix Vallotton représentant Socrate entre Néron et César ou tel autre de Reyer Jacobsz. van Blommendael mettant en scène Socrate humilié par la chair en la personne de ses deux femmes.

Il prend son relais : c’est tout le sens de l’entreprise de Paul Chenavard (L’Enfer) ou de Louis Janmot (à l’intérieur du Poème de l’âme, les deux panneaux intitulés Le Cauchemar et Le Mauvais sentier), peintres hégéliens, proprement hégéliens, prétendant mettre en images la Phénoménologie de l’esprit – et, d’une certaine façon, rejoints par le chef-d’oeuvre de René Magritte Les Vacances de Hegel. Il absorbe, annule, une philosophie devenue inutile et à laquelle il se substitue terme pour terme : c’est tout le sens de l’entreprise Joseph Kosuth, auteur du célèbre « L’Art après la philosophie », dont la thèse – qui est une sorte d’hégélianisme retourné - est, en gros, que la philosophie c’est fini, que le système du savoir est achevé, que l’esprit du monde est, comme l’avait dit Hegel, effectivement parvenu à son but, c’est-à-dire au savoir de soi – mais que la place laissée vacante, c’est lui, l’artiste, qui l’occupe, « commençant » là où la philosophie « finit », prenant le pas sur sa rivale et l’absorbant.

La peinture en est réduite à mettre en scène, ou contempler, le cadavre de la philosophie : de telle Pietà de Cosmè Tura, au Creationist classroom d’Alexis Rockman. Ce sont peut-être autant de variations autour de la « bibliothèque » kosuthienne – devenue elle-même le glorieux tombeau de la philosophie.

Séquence 6 : La revanche de Platon.

Et puis, la situation inverse : la contre-offensive, sinon, de la philosophie du moins du discours et du concept répondant à l’agression, tentant de reprendre le terrain perdu et remontant à l’assaut de cet art qui pensait s’être affranchi de leur tutelle.

Cette contre-attaque porte un premier nom : celui de Marcel Duchamp et de l’Evénement colossal dont il est l’épicentre. On montrera un « Steeplechase » Le jeu de courses peu connu de Duchamp lui-même. Ainsi qu’un profil de Duchamp par Jasper Johns, une photo de lui par Man Ray, ou son portrait par Elsa von Freytag-Loringhoven. Elle en porte un second, moins clairement identifié, puisqu’il s’agit de cette tradition du monochrome qui s’incarne aussi bien chez Enrico Castellani (Doppio angolare) ou Piero Manzoni (Achrome de 1958- 59) que chez un James Bishop (Untitled de 1979), ou un Ad Dekkers (Square with Two Squares, 1972).

Et elle culmine, naturellement, avec ceux des artistes contemporains pour qui l’oeuvre finit par se réduire, non plus même à son concept, mais à son énoncé : une image qui n’a pas même à être effacée, ou purgée, car elle ne s’est pas donné la peine d’exister et que son passage à l’existence serait, comme chez Plotin, le passage à une moindre perfection… S’imposent ici le Lei Feng de Victor Burgin et le Four basic kinds of straight lines de Sol LeWitt. Mais aussi Yves Klein et son Portrait relief de Claude Pascal, Guy Debord et ses trois « Directives », pour la première fois rassemblées et mises en relation avec un Pinot Gallizio et la Méditation XV de Gabriel Pomerand. Mort à la « réification » ? Fin du « fétichisme de l’objet » ? Des oeuvres dont il n’est plus besoin de vérifier l’existence en les effectuant ? Ou forfait de la peinture avalée par la philosophie qui, dans un dernier sursaut, réoccupe le terrain perdu et reprend l’avantage ? On préférera parler, ici, en écho au Lévi-Strauss observant, au chapitre VII de Tristes tropiques, que, « pour les savants, l’aube et le crépuscule sont un seul et même phénomène », d’un retour de l’aube platonicienne. Et on serait tenté, face à climat étrangement crépusculaire, de clamer « libérez les artistes – de l’emprise des philosophes ! ».

Séquence 7 : Plastèmes et philosophèmes.

Sauf que les artistes n’ont évidemment attendu personne, et surtout pas un philosophe, pour se libérer – ni les philosophes pour résister à la tentative d’arraisonnement par la peinture.

Car reste, en vérité, une dernière configuration, ancienne et moderne, archaïque et contemporaine, qui voit art et philosophie, depuis leurs positions respectives, sans céder sur leur désir, travailler ensemble.

Passionnant, le travail de Lyotard avec et à partir de Jacques Monory.

Celui du Bataille des larmes d’Eros avec et à partir de telle toile de Lucas Cranach l’ancien.

L’usage, dans un philosophème althussérien, d’un plastème de Leonardo Cremonini.

Passionnant, encore, ce que Lacan fait d’un plasticien (François Rouan – peinture-tressage) de même que ce que Bernard Aubertin fait du Le Livre brûlé, Séminaire XX.

Ce que Deleuze fait de Francis Bacon avec Head (Man in blue) ou Wangechi Mutu et Mike Kelley du texte deleuzien. Hommages à Walter Benjamin de Jacques Martinez ; à Derrida de Valerio Adami et Ray Johnson ; à Sartre de Kehinde Wiley ; à Héraclite d’Alberto Giacometti ; à Baudelaire d’Henri Matisse et d’Eduardo Arroyo ; à Lulle de Miquel Barceló ou à Wittgenstein de Robert Filliou.

Même respect, chaque fois, de l’autonomie de la forme plastique. Même décision, chaque fois, de ne pas crever la surface de la toile pour en faire sortir on ne sait quel sens caché, mais vraie volonté de renverser l’oeuvre comme un miroir qui renseigne moins sur l’artiste que sur soi. C’est la dernière possibilité, quand on se tient à la décision de laisser l’autre à son étrangeté magnifique. C’est la dernière version de ce non-rapport entre philosophes et peintres qui est la marque de la modernité et qui, ainsi conçu, signe leur gloire à toutes deux. C’est le dernier mot de cette exposition. La fin, provisoire, ouverte, de ce roman de la vérité.

A propos de la Fondation Maeght

La Fondation Marguerite et Aimé Maeght est une fondation privée d’art moderne et contemporain, située à proximité du village de Saint-Paul de Vence, à 25 km de Nice. La Fondation Maeght possède une des plus importantes collections en Europe de peintures, sculptures et oeuvres graphiques du XXe siècle. Elle organise de grandes expositions thématiques comme des rétrospectives (Giacometti en 2010, Chillida en 2011, Gasiorowski en 2012), ou des expositions plus contemporaines (Erik Dietman en 2011, Fabrice Hyber en 2012, Gloria Friedmann et Djamel Tatah en 2013).

Ouverte toute l’année, la Fondation Maeght accueille 200 000 visiteurs par an dans un ensemble architectural unique, conçu par Josep Lluís Sert pour présenter l’art moderne et contemporain sous toutes ses formes. Peintres et sculpteurs ont collaboré avec l’architecte catalan en créant des oeuvres intégrées au bâtiment et à la nature : la cour Giacometti, le labyrinthe Miró peuplé de sculptures et de céramiques, les mosaïques murales de Chagall et de Tal Coat, le bassin et le vitrail de Braque, la fontaine de Bury. L’ensemble mêle espaces intérieurs et extérieurs avec le jardin de sculptures, les cours, terrasses et patios, les salles d’exposition, la chapelle, la bibliothèque et la librairie.

Inaugurée le 28 juillet 1964, la Fondation est née de l’amitié d’Aimé Maeght, marchand d’art et galeriste parisien, avec les grands noms de l’art moderne dont Joan Miró, Alexander Calder, Fernand Léger, Georges Braque, Alberto Giacometti, Marc Chagall ou encore Eduardo Chillida.

Reconnue d’utilité publique, elle a pour but de recevoir, acquérir, restaurer, conserver et exposer au public des oeuvres d’art ; elle donne aux artistes la possibilité de se rencontrer et de travailler ensemble.

Aujourd’hui la famille Maeght maintient et perpétue cet esprit. Adrien Maeght préside le Conseil d’Administration de la Fondation qui réunit des personnalités, des représentants de l’Etat ainsi que des membres de la famille Maeght. Olivier Kaeppelin en est le directeur.

Programmation 2014 :

« Djamel Tatah » - Monographie, du 14 décembre 2013 au 16 mars 2014.

En 2014, la Fondation Maeght donne rendez-vous à tous les amateurs d’art pour célébrer son cinquantenaire autour de trois temps forts.

Au printemps, le premier rendez-vous sera consacré à la genèse et à la naissance de la Fondation Maeght. L’exposition sera largement consacrée à l’architecture de Josep Lluís Sert, mais elle évoquera plus largement, de façon très vivante, l’histoire de cet extraordinaire projet dont la réalisation a mobilisé tant de grands artistes et écrivains des années 1960.

Plusieurs d’entre eux ont affirmé qu’Aimé Maeght leur avait permis, avec la Fondation, de réaliser un rêve : de nombreux visiteurs racontent en retour y avoir découvert l’art. Ce rêve partagé sera au coeur de l’exposition d’été, consacrée aux chefs-d’oeuvre qui ont marqué l’histoire de la Fondation. De Pierre Bonnard à Bernard Moninot en passant par Joan Miró, Alexander Calder, Alberto Giacometti, puis Pierre Soulages, Miquel Barceló, ou encore François Rouan… une centaine de chefs d’oeuvre rappelleront ce parcours. Lectures et conférences éclaireront ce récit. Un grand concert est également en préparation.

Le troisième rendez-vous sera consacré aux arts vivants, avec des expositions de différents formats où les oeuvres d’artistes rencontreront la musique, la danse ou encore la poésie. Rappelons qu’Albert Ayler, prodige du free jazz, Terry Riley, la Monte Young, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen, Merce Cunningham, Michel Portal ou encore Mstislav Rostropovitch y ont donné des spectacles légendaires.

Fondation Maeght

623 chemin des Gardettes 06570 Saint-Paul de Vence, France

www.fondation-maeght.com

Tél. : +33 (0)4 93 32 81 63 - Fax : +33 (0)4 93 32 53 22

E-mail : contact@fondation-maeght.com

Ouvert tous les jours, sans exception : Octobre-Juin : 10h-18h Juillet-Septembre : 10h-19h

La billetterie ferme 30 minutes avant l’horaire de fermeture.

Open every day, without exception : October-June : 10h-18h July-September 10h-19h

The ticket office closes 30 minutes before closing time.

Tarifs : Adultes 15 €

Groupes (+10 pers.), étudiants, -18 ans 10 €

Enfants (-10 ans) gratuit

Membres de la Société des Amis gratuit

Droit de photographier et de filmer 5 €

Fees : Adults 15 €

Groups (+10 pers.), students, -18 years old 10 €

Children (-10 years old) free

Members of « Société des Amis » free

Filming and photography 5 €

Informations et réservations groupes : Tél. : +33 (0)4 93 32 81 63 - Télécopie : +33 (0)4 93 32 53 22 Email : accueil@fondation-maeght.com Information and groups booking : Tel : +33 (0)4 93 32 81 63 - Fax : +33 (0)4 93 32 53 22 Email : accueil@fondation-maeght.com Accès à la Fondation Maeght • En voiture par l’autoroute A8 : De Cannes : sortie n° 47 Villeneuve-Loubet, Cagnes-sur-Mer, Vence. De Nice ou d’Italie : sortie n° 48 Cagnes-sur-Mer, Vence. Puis suivre direction La Colle-sur-Loup/Vence. La Fondation Maeght est juste avant le village de Saint-Paul-de-Vence.

• En autocar : de Nice, ligne n° 400 (Nice - Vence par St-Paul). Arrêt Fondation Maeght.

Access to the Maeght Foundation

• By car A8 motorway : From Cannes : exit n°47 Villeneuve-Loubet, Cagnes-sur-Mer, Vence. From Nice or Italie : exit n°48 Cagnes-sur-Mer, Vence. Follow signs to La Colle-sur-Loup/Vence. The Maeght Foundation is just before the village of Saint-Paul-de-Vence.

• By bus : from Nice : bus n°400 (Nice-Vence by Saint-Paul). Stop Maeght Foundation.

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